Du 7 au 26 janvier, nous, 15 femmes, essentiellement paysannes et confédérées, de Bretagne et Rhône-Alpes sommes parties à la rencontre du MST, le Mouvement des Sans Terre, au Brésil, dans l’Etat du Pernambouc. Après un premier temps de formation théorique sur le MST et son fonctionnement près de Récife, nous avons rencontré des paysan·nes à l’ouest de l’État, avant de revenir échanger avec des cuisinières solidaires et une communauté urbaine.
Mouvement populaire de masse
Le MST est né avec trois objectifs : lutter pour l’accès à la terre, pour la réforme agraire et pour la transformation social. Pour y parvenir, il s’est structuré comme un mouvement de masse populaire, à caractère syndical, social et politique. Mouvement de masse, car il modifie le rapport de forces en sa faveur avec un grand nombre de personnes organisées. Populaire, car il est ouvert à toute personne décidée à se battre pour accéder à la terre et la cultiver. Syndical, car la lutte pour la réforme agraire est aussi une lutte pour les droits des travailleur·euses de la terre. Politique, car il affirme que la réforme agraire ne pourra être obtenue qu’à travers une transformation structurelle de la société.
Nous avons été particulièrement marquées par la capacité du MST à mobiliser des personnes aux parcours, croyances et situations très divers (avocat·es, personnes vivant dans la rue, paysan·nes, etc.).
Femmes et agroécologie
Notre séjour s’intitulait Chantier d’échanges au Brésil : les femmes dans l’agroécologie. Nous avions deux attentes fortes : comprendre ce que recouvre le mot agroécologie au Brésil, et interroger la place des femmes dans le monde rural et au sein du MST. Chez nos camarades du MST, l’agroécologie ne se limite pas à des pratiques agricoles. Elle est profondément politique. Elle signifie avant tout rendre la terre accessible à toutes celles et ceux qui en sont privé·es, installer le plus de paysan·nes possible, et cela a autant de poids que de produire une alimentation saine. C’est aussi un retour à une agriculture familiale, nourricière, centrée sur les besoins de la communauté, à des échelles humaines.
En 2006, la loi Maria da Penha, considérée comme l’une des plus avancées au monde contre les violences faites aux femmes, a été promulguée. Son application reste toutefois inégalitaire, notamment pour les femmes pauvres, racisées ou vivant en milieu rural. Mais pour le MST, la lutte contre les violences de genre est une priorité. Le mouvement a obtenu que sur les titres d’occupation des terres, le nom de la femme apparaisse en premier. Ainsi, en cas de séparation, c’est la femme qui garde la terre.

Groupe des paysannes lors du chantier d’échanges au Brésil, janvier 2025
Et après ?
De retour du Brésil, nous nous sommes retrouvées entre paysannes bretonnes, les 19 et 20 mai derniers, pour réfléchir ensemble aux suites à donner à cet élan collectif. De nombreuses pistes ont émergé : une exposition-rencontre lors du festival du cinéma de Douarnenez en août, la création d’un groupe de paysannes dans le Morbihan, l’organisation d’une rencontre régionale entre paysannes, etc. Les idées n’ont pas manqué. À nous maintenant de les concrétiser, et de continuer à porter et transmettre ce que les paysan·nes du MST nous ont appris là-bas.
Article rédigé par des paysannes bretonnes du groupe
