Prairies et indemnisation des éleveurs face à la sécheresse : les données du satellite d’Airbus sont-elles fiables ?

L’indemnisation de solidarité nationale (ISN) prévoit que les agriculteurs ayant subi une perte annuelle de pousse de l’herbe supérieure à 30 % puissent bénéficier d’une indemnisation de l’État à hauteur de 35 % de cette perte. Le calcul de cette variation de la pousse de l’herbe est confié à un logiciel développé par Airbus, censé prendre en compte plusieurs paramètres, notamment la pluviométrie, l’imagerie satellitaire et la couverture des sols. Les données produites sont consultables, commune par commune, sur le site Airbus – Indice de production des prairies.

Or, nous constatons que les résultats obtenus sont particulièrement surprenants.

Dans certaines communes, l’indice de production est quasi nul sur une grande partie de l’année 2026. C’est par exemple le cas de la commune de Landivisiau, pour laquelle la pousse de l’herbe est indiquée comme nulle depuis le début de l’année (cf. annexe 1), alors même que l’Observatoire des fourrages de la Chambre d’agriculture de Bretagne relève, pour cette période et ce secteur, une pousse bien réelle (cf. annexe 2).

Notre analyse met également en évidence des écarts très importants entre communes limitrophes. Ainsi, les pertes de production peuvent varier de 40 % à 70 %, sans qu’aucune explication agronomique ni différence significative de pluviométrie ne puisse justifier de tels écarts. À titre d’exemple, nous avons relevé cette situation entre les communes voisines de Saint-Vougay et de Plouzévédé (cf. annexes 3 et 4). Un autre exemple concerne l’année 2025 : sur la commune de Querrien, l’indice de production des prairies est nul uniquement pour les mois de juillet et d’août (cf. annexe 5), tandis que, dans la commune voisine de Guilligomarc’h, ce même indice est nul en février, juin, juillet, août et octobre (cf. annexe 6).

Pour 2026, certaines communes affichent déjà un indice supérieur au seuil de déclenchement de l’ISN et ne seront donc pas indemnisées. Pourtant, sur le terrain, les prairies sont gravement affectées par un déficit hydrique persistant depuis plusieurs mois et la pousse de l’herbe est très faible, comme le confirment les données de l’Observatoire des fourrages de la Chambre d’agriculture de Bretagne. C’est notamment le cas de Saint-Thurien (cf. annexes 2 et 7).

Ces exemples, parmi de nombreux autres, mettent en évidence les incohérences et les aberrations de l’outil utilisé. En 2025, les conséquences ont été particulièrement lourdes : les montants d’indemnisation versés ont varié du simple au quintuple entre des exploitations situées dans des secteurs comparables, créant des situations profondément inéquitables. Nous rappelons également qu’en 2022, année la plus sèche depuis 1976, aucune indemnisation n’avait été accordée au titre de l’ISN, la baisse de pousse calculée par ce même logiciel ayant été jugée insuffisante.

Nous relevons, par ailleurs, une différence de traitement difficilement justifiable entre les dispositifs d’indemnisation. Les pertes pour calamité agricoles, concernant les cultures céréalières et le maïs, sont évaluées à partir de constats réalisés sur le terrain par les agents de la DDTM. En revanche, les pertes de production des prairies, dans le cadre de l’ISN, reposent exclusivement sur un indice issu de cet outil satellitaire dont la fiabilité est sérieusement remise en question au regard des incohérences constatées. Ce fonctionnement pénalise donc les exploitations avec des systèmes herbagers.

La Confédération paysanne du Finistère a alerté les services de l’État ainsi que le Préfet du Finistère de cette situation et des conséquences économiques qu’elle entraînera pour les exploitations en système herbager, touchées par la sécheresse exceptionnelle de cet été.

La Confédération paysanne du Finistère est favorable au principe d’une indemnisation des pertes de rendement liées à la pousse de l’herbe. En revanche, elle demande que leur évaluation repose sur des données fiables, transparentes et issues d’observations de terrain réalisées par les agents de la DDTM, plutôt que sur un outil dont les résultats présentent de nombreuses anomalies.

La Confédération paysanne du Finistère demande également que les exploitations en système herbager bénéficient d’une indemnisation à la hauteur des pertes réellement subies lors de cet épisode de sécheresse exceptionnelle.

Annexes


Annexe 1a. Indice de Production des Prairies cumulé en 2026 pour la commune de Landivisiau (29400)

Source : indice-prairies.airbus.com
Annexe 1b. Indice de Production des Prairies mensuel en 2026 pour la commune de Landivisiau (29400)

Source : indice-prairies.airbus.com

Annexe 2. Pousse de l’herbe mesurée en kg MS/ha/jour la semaine 27 (du 23 au 29 juin 2026).

Source : Observatoire des fourrages de la Chambre d’agriculture de Bretagne

Annexe 3. Indice de Production des Prairies mensuel en 2026
pour la commune de Saint-Vougay (29440)


Source : indice-prairies.airbus.com

Annexe 4. Indice de Production des Prairies mensuel en 2026
pour la commune de Plouzévede (29440)


Source : indice-prairies.airbus.com

Annexe 5. Indice de Production des Prairies mensuel en 2025
pour la commune de Querrien (29310)


Source : indice-prairies.airbus.com

Annexe 6. Indice de Production des Prairies mensuel en 2025
pour la commune de Guilligomarc’h (29300)


Source : indice-prairies.airbus.com

Annexe 7a. Indice de Production des Prairies cumulé en 2026 pour la commune de Saint-Thurien (29380)

Source : indice-prairies.airbus.com
Annexe 7a. Indice de Production des Prairies mensuel en 2026 pour la commune de Saint-Thurien (29380)

Source : indice-prairies.airbus.com

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